Les Philippines s’apprêtent à recevoir un nouveau patrouilleur hauturier construit en Corée du Sud : le premier d’une série de six navires qui illustre la rapidité avec laquelle le pays cherche à moderniser ses capacités en mer.
Le premier OPV construit en Corée du Sud prend la route des eaux philippines
Le futur BRP Rajah Sulayman (PS-20) a quitté le chantier naval de HD Hyundai Heavy Industries (HD Hyundai HHI), à Ulsan, et fait désormais route vers les Philippines, selon des personnes au fait du programme. Une cérémonie de départ discrète s’est tenue en Corée du Sud plus tôt ce mois-ci, tandis que des images ont depuis circulé sur les réseaux sociaux.
Ce bâtiment ouvre la voie à une nouvelle classe de patrouilleurs hauturiers commandés par Manille dans le cadre d’un contrat de ₱30 milliards (environ $573 million) conclu en 2022 avec HD Hyundai HHI. Cinq autres unités doivent être livrées au cours des prochaines années.
« La classe Rajah Sulayman marque le passage de coques vieillissantes acquises d’occasion à des navires de guerre conçus sur mesure pour les besoins maritimes des Philippines. »
Pour une marine longtemps dépendante de navires cédés par ses alliés, la réception d’un patrouilleur moderne spécifiquement conçu pour elle représente une avancée importante dans son effort de modernisation à long terme.
Les capacités concrètes des nouveaux OPV Rajah Sulayman
Chacun des six patrouilleurs hauturiers affiche un déplacement à pleine charge d’environ 2 400 tonnes, pour une longueur de 94 m et une largeur de 14 m. Leur conception vise les patrouilles de longue durée dans les immenses espaces maritimes du pays.
Les navires peuvent naviguer à une vitesse de croisière d’environ 15 nœuds, soit près de 28 km/h, et parcourir approximativement 5 500 milles nautiques, soit environ 10 186 km, sans ravitaillement. Une telle autonomie doit permettre à la marine de maintenir une présence continue dans des zones éloignées, notamment la mer des Philippines occidentale et le plateau des Philippines.
Principales caractéristiques techniques
- Déplacement : ~2 400 tonnes
- Longueur : 94 m ; largeur : 14 m
- Vitesse de croisière : 15 nœuds
- Autonomie : 5 500 milles nautiques
- Canon principal : Leonardo Super Rapid de 76 mm
- Canon secondaire : Aselsan SMASH de 30 mm
- Système défensif : système de leurres Terma C-Guard
- Capteurs : radar Leonardo SPS-732, système électro-optique/infrarouge (EO/IR) Safran Paseo XLR
À l’avant, le canon Leonardo Super Rapid de 76 mm procure au Rajah Sulayman une puissance de feu suffisante pour traiter de petites cibles de surface, assurer une défense aérienne limitée et effectuer des tirs d’avertissement ou d’immobilisation contre des navires hostiles ou refusant d’obtempérer.
Un canon téléopéré Aselsan SMASH de 30 mm constitue une seconde couche de défense contre les embarcations d’attaque rapide ou les menaces se rapprochant à plus courte distance. Cet ensemble correspond bien aux missions de police maritime habituellement menées dans des voies de navigation très fréquentées.
Pour améliorer leur survivabilité, le système de lancement de leurres Terma C-Guard peut déployer des paillettes et d’autres contre-mesures afin de tromper les missiles entrants. Ces OPV ne sont pas des bâtiments de combat de première ligne face aux missiles, mais ces leurres augmentent leurs chances de survivre lors d’un engagement moderne.
Le radar Leonardo SPS-732 et le système électro-optique/infrarouge Safran Paseo XLR assurent une bonne connaissance de la situation autour du navire : suivi des contacts de surface, surveillance des aéronefs et observation des petites embarcations, de jour comme de nuit.
« Trois des six OPV doivent recevoir des systèmes modulaires de sonar remorqué à antenne linéaire, offrant aux Philippines une rare capacité d’écoute anti-sous-marine pour une flotte axée sur la patrouille. »
L’installation d’un sonar remorqué sur une partie de ces coques ajoute une nouvelle dimension : une surveillance sous-marine élémentaire dans des passages stratégiques et des eaux disputées.
Des noms ancrés dans l’histoire des Philippines
Cette nouvelle classe rend hommage à des dirigeants influents de la période précoloniale et du début de l’époque coloniale. Outre le BRP Rajah Sulayman, les prochains navires porteront les noms suivants :
| Numéro de coque | Nom du navire |
|---|---|
| PS-21 | BRP Rajah Lakandula |
| PS-22 | BRP Rajah Humabon |
| PS-23 | BRP Sultan Kudarat |
| PS-24 | BRP Datu Marikudo |
| PS-25 | BRP Datu Sikatuna |
Le BRP Rajah Lakandula (PS-21) a été mis à l’eau en novembre et devrait rejoindre le service philippin après le Sulayman dans les prochains mois. Les quatre autres bâtiments seront livrés selon un calendrier échelonné, ce qui laissera à la marine le temps d’intégrer les nouveaux équipages, les doctrines et les besoins logistiques.
Le rôle grandissant de la Corée du Sud dans la modernisation navale philippine
Les OPV de la classe Rajah Sulayman ne constituent qu’un volet d’une relation de défense en expansion rapide entre Manille et HD Hyundai HHI, en Corée du Sud. En décembre 2025, le ministère philippin de la Défense nationale a signé un autre accord majeur : un contrat de ₱34 milliards (environ $585 million) portant sur deux frégates supplémentaires.
« Une fois les programmes en cours achevés, HD Hyundai HHI aura livré 12 navires de guerre à la marine philippine en l’espace d’environ une décennie. »
La Corée du Sud a déjà fourni quatre frégates aux Philippines au cours des cinq dernières années, formant le noyau d’une force moderne de bâtiments de surface armés de missiles. Les deux nouvelles frégates élargiront cette flotte et devraient partager des systèmes ainsi que des filières de formation, ce qui réduira les coûts à long terme.
Cette succession de contrats offre à HD Hyundai HHI une implantation sur le marché naval de l’Asie du Sud-Est. Elle permet parallèlement à Manille d’accéder à une industrie de construction navale mature sans devoir développer localement des infrastructures complexes.
Pourquoi ces navires comptent dans le contexte de la mer de Chine méridionale
Les OPV arrivent alors que les Philippines font régulièrement face à des confrontations avec les navires des garde-côtes chinois et de la milice maritime chinoise en mer de Chine méridionale, en particulier autour du récif Second Thomas et du récif de Scarborough. Les dirigeants philippins ont insisté sur la nécessité de disposer de meilleures plateformes afin de patrouiller, documenter et réagir aux incidents dans ces eaux disputées.
Les patrouilleurs hauturiers ne sont pas des navires de guerre de première ligne au même titre que les destroyers ou les grandes frégates, mais ce sont souvent les bâtiments qui passent le plus de temps en zone. Leurs missions couvrent un large éventail d’activités :
- Patrouilles de présence dans les zones économiques exclusives (ZEE)
- Protection des pêcheries et opérations de lutte contre la contrebande
- Assistance aux pêcheurs philippins victimes de harcèlement en mer
- Recherche et sauvetage, ainsi que réponse aux catastrophes après les typhons
- Soutien aux organismes chargés de l’application du droit maritime
La grande autonomie et la tenue à la mer correcte de la classe Rajah Sulayman les rendent adaptés à des patrouilles de plusieurs jours ou semaines, plutôt qu’à de courtes sorties depuis des ports voisins.
Un vaste plan de dépenses et ses implications possibles
Manille a indiqué que ces acquisitions ne représentaient qu’un début. Le gouvernement a engagé environ ₱2 000 milliards (environ $35 billion) sur la prochaine décennie pour renforcer ses forces armées, une part de cette enveloppe devant revenir à la marine et à l’armée de l’air.
Pour la seule marine, un budget de cette ampleur ouvre la voie à davantage de sous-marins, d’avions de patrouille maritime et de navires de combat de surface supplémentaires. Les nouveaux OPV s’inscrivent dans une évolution plus vaste : le passage d’une force principalement tournée vers la sécurité intérieure à une force capable de protéger de façon crédible les voies maritimes et les ressources au large.
« Le passage de la défense côtière à une sécurité maritime plus large est progressif, mais des plateformes comme la classe Rajah Sulayman en constituent les fondations. »
Termes essentiels : OPV, frégate et sonar remorqué à antenne linéaire
Pour situer ces nouveaux bâtiments dans la hiérarchie des moyens navals, quelques définitions sont utiles.
Un patrouilleur hauturier est généralement plus petit et moins armé qu’une frégate ou un destroyer. Il est conçu pour l’endurance plutôt que pour le combat de haute intensité. Il s’agit d’un navire polyvalent de travail maritime : idéal pour les patrouilles, les opérations d’arraisonnement et les confrontations de faible intensité, mais non destiné à échanger des salves de missiles dans une guerre de grande ampleur.
Une frégate, à l’inverse, emporte habituellement des missiles antinavires, des missiles sol-air, des sonars avancés et parfois des hélicoptères de lutte anti-sous-marine. Elle forme souvent l’épine dorsale de la flotte de surface d’une marine.
Un système de sonar remorqué à antenne linéaire est un long câble équipé d’hydrophones, déployé derrière le navire. Éloigné des bruits générés par le bâtiment lui-même, il peut capter à grande distance les sons faibles émis par des sous-marins. Pour un pays comme les Philippines, situé près de routes sous-marines très fréquentées, cet équipement fournit des renseignements utiles sur les activités susceptibles de se dérouler à proximité.
Les situations dans lesquelles les nouveaux OPV peuvent faire la différence
Lors d’une confrontation typique en mer de Chine méridionale, un navire des garde-côtes ou de la marine philippine peut être suivi par des bâtiments chinois plus imposants. Avec la classe Rajah Sulayman, Manille dispose de navires assez grands pour tenir physiquement leur position, tout en étant présentés comme des moyens de patrouille plutôt que comme des plateformes de frappe manifestes.
Pendant la saison des typhons, ces OPV pourront également remplir le rôle de postes de commandement mobiles : acheminement de secours, évacuation de civils depuis les communautés insulaires, fourniture d’électricité, d’eau douce et de moyens de communication aux villes côtières endommagées.
Des risques subsistent néanmoins. L’exploitation de navires plus complexes exige des capacités accrues en matière de maintenance, de formation et de logistique. Si les financements destinés aux pièces détachées ou au développement des équipages prennent du retard par rapport aux acquisitions, une partie de ces nouvelles capacités pourrait rester immobilisée à quai. L’équilibre entre les achats prestigieux et le maintien en condition sur le long terme constituera l’un des tests discrets de la modernisation engagée par Manille.
Cependant, considérés dans leur ensemble, le premier OPV venu de Corée du Sud et la flotte plus large de navires en cours d’arrivée témoignent d’une évolution nette. Les Philippines ne se contentent plus de réparer d’anciennes coques : elles tentent de façonner une marine capable de rester plus longtemps en mer, de voir plus loin et de répondre avec davantage d’assurance lorsqu’elle est mise au défi.






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