Alors qu’une grande partie du secteur ralentissait à l’approche de la fin de l’année, Airbus a signé en Chine une série de contrats lui apportant une vague de nouvelles commandes d’avions. Le constructeur accentue ainsi la pression sur Boeing dans l’un des marchés les plus disputés de l’aviation.
Airbus décroche 145 commandes d’A320neo en quelques jours
En seulement deux jours, quatre clients chinois se sont engagés à acheter 145 appareils de la famille A320neo à Airbus. Ces accords soulignent le rôle décisif de la Chine dans le duel de longue date qui oppose le groupe européen à Boeing.
La commande la plus importante vient d’Air China, compagnie nationale du pays, qui a confirmé son intention d’acquérir 60 A320neo. Au prix catalogue, le contrat représente environ 9,53 milliards de dollars, pour des livraisons prévues entre 2028 et 2032.
« En quelques jours, Airbus a enregistré en Chine 145 commandes d’A320neo, représentant au moins 17,7 milliards de dollars au prix catalogue, et renforcé son emprise sur un marché clé. »
Air China a indiqué avoir obtenu une remise importante, comme c’est généralement le cas pour les achats groupés des compagnies aériennes. Elle a aussi négocié des facilités de crédit pour contribuer au financement de l’opération. Ces instruments pourront également servir à régler d’autres produits et services d’Airbus, notamment la maintenance et la formation.
L’achat doit encore recevoir l’aval des actionnaires et des autorités chinoises, une étape habituelle pour les grandes acquisitions liées à l’État dans le pays. Le signal envoyé au marché reste toutefois clair : Air China renforce son engagement auprès d’Airbus pour développer sa flotte de monocouloirs.
Le loueur public CALC étoffe son portefeuille Airbus
Le même jour, un autre contrat majeur a été annoncé : China Aircraft Leasing Group Holdings (CALC), société de location d’avions basée à Hong Kong et contrôlée par l’État chinois, prévoit d’acheter 30 A320neo supplémentaires.
Cette nouvelle tranche porte à 282 appareils le carnet de commandes d’Airbus auprès de CALC. Elle conforte la place du loueur parmi les grands clients du constructeur européen et son rôle de relais pour proposer des avions Airbus aux compagnies chinoises et régionales.
- 60 A320neo pour Air China
- 30 A320neo pour CALC
- 25 A320neo pour Juneyao Air
- 30 A320neo pour Spring Airlines
Les loueurs comme CALC jouent un rôle d’intermédiaire : ils achètent des avions en nombre, puis les louent à des compagnies qui préfèrent ne pas en être propriétaires. Ce modèle séduit particulièrement dans les régions à forte croissance comme l’Asie, où les transporteurs doivent pouvoir adapter rapidement leurs capacités.
Juneyao Air et Spring Airlines participent aux achats
Les accords conclus avec Air China et CALC ont suivi de près deux autres contrats chinois. Juneyao Air et Spring Airlines, spécialiste des vols à bas coût, ont commandé respectivement 25 et 30 A320neo, soit 55 appareils au total.
Ces deux commandes représentent environ 8,2 milliards de dollars au prix catalogue et restent, elles aussi, soumises aux autorisations réglementaires habituelles en Chine. Comme pour Air China, les prix effectivement payés seront nettement inférieurs aux tarifs publiés, mais les montants affichés illustrent le poids financier de cette série de contrats.
« En signant coup sur coup avec quatre clients chinois, Airbus a transformé une fin d’année ordinaire en une importante victoire commerciale en Asie. »
Pour Juneyao et Spring, l’A320neo associe une consommation de carburant réduite à une plus grande autonomie. Les compagnies peuvent ainsi ouvrir de nouvelles lignes ou augmenter leurs fréquences tout en maîtrisant leurs coûts d’exploitation. Un avantage essentiel sur un marché où les prix des billets sont très disputés et les marges faibles.
Pourquoi ces commandes pénalisent Boeing sur les monocouloirs
Le marché en jeu est celui des monocouloirs, également appelés avions « à fuselage étroit ». Ces appareils très utilisés, comme l’Airbus A320neo et le Boeing 737 Max, assurent des liaisons intérieures et régionales qui représentent l’essentiel du trafic mondial de passagers.
La Chine devrait devenir le premier marché aérien mondial. Pour les deux constructeurs, obtenir des engagements à long terme auprès de ses compagnies revêt donc une importance stratégique : chaque grande décision relative à une flotte influence pendant des décennies les commandes de remplacement et d’appareils supplémentaires.
Airbus dispose déjà en Chine d’une importante base d’avions de la famille A320 en service, grâce notamment à sa chaîne d’assemblage de Tianjin. Cette usine réduit les délais de livraison et témoigne d’une coopération industrielle durable avec Pékin. La nouvelle vague de contrats renforce encore cette relation.
Boeing, à l’inverse, rencontre des difficultés en Chine depuis l’immobilisation du 737 Max et la montée des tensions géopolitiques entre Washington et Pékin. Si certaines livraisons du Max ont repris, les nouvelles commandes importantes restent rares, ce qui laisse Airbus gagner du terrain.
« Ces contrats chinois montrent à quel point les retards, les séquelles des problèmes de sécurité et la politique ont pesé sur Boeing, tandis qu’Airbus renforce discrètement son emprise sur les futurs projets de flotte. »
Le cas VietJet : la frustration envers Boeing déborde
Les commandes chinoises interviennent peu après une autre décision très remarquée en Asie. La compagnie vietnamienne VietJet a confirmé une importante commande de 100 Airbus A321neo, après avoir exprimé sa frustration face aux retards liés à un précédent engagement portant sur 200 Boeing 737 Max.
Ce changement illustre le poids désormais aussi déterminant de la fiabilité des calendriers de livraison que du prix ou des performances. Les compagnies ne peuvent pas se permettre de reporter leurs projets de croissance ou leurs stratégies de réseau parce que les avions n’arrivent pas à temps.
Pourquoi la famille A320 continue de gagner des commandes
La famille A320 est devenue la gamme d’avions commerciaux la plus livrée de l’histoire. Ses versions plus récentes « neo » combinent des moteurs plus efficaces et des ajustements aérodynamiques, qui réduisent la consommation de carburant et les émissions par rapport aux modèles plus anciens.
Pour les compagnies, ces progrès se répercutent directement sur les résultats. Le carburant aérien constitue souvent leur premier poste de dépenses. Quelques points de pourcentage d’efficacité gagnés sur des centaines de vols hebdomadaires ont un effet mesurable sur la rentabilité.
| Modèle | Type | Principal concurrent | Utilisation habituelle |
|---|---|---|---|
| Airbus A320neo | Monocouloir | Boeing 737 Max 8 | Liaisons intérieures et régionales |
| Airbus A321neo | Monocouloir allongé | Boeing 737 Max 9/10 | Liaisons à forte densité ou plus longues |
Les compagnies chinoises prêtent également attention au bruit et aux émissions, notamment sous l’effet de la pression du public et de règles environnementales de plus en plus strictes. Le niveau sonore plus faible de l’A320neo les aide à obtenir des créneaux aéroportuaires et des autorisations d’exploitation de nuit.
Ce que ces commandes changent pour les passagers et les investisseurs
Pour les voyageurs en Chine et dans le reste de l’Asie, cette évolution dessine un avenir où les cabines Airbus domineront les liaisons court et moyen-courriers. L’aménagement des sièges varie selon les compagnies, mais beaucoup exploitent la souplesse de l’A320neo pour proposer des rangées offrant plus d’espace pour les jambes ou des sièges en classe économique supérieure, en plus des configurations denses destinées aux lignes à bas prix.
Du côté des investisseurs d’Airbus, ces contrats constituent une longue réserve de revenus assurés jusque dans la prochaine décennie. Les créneaux de livraison des modèles A320neo les plus demandés étant déjà limités, chaque nouvelle commande témoigne d’une bonne visibilité sur le carnet de commandes et d’un pouvoir de fixation des prix.
Pour les actionnaires de Boeing, les contrats chinois rappellent une nouvelle fois que rétablir la confiance prendra du temps, en particulier hors d’Amérique du Nord. Reconquérir les compagnies chinoises pourrait nécessiter à la fois des prix très compétitifs, un dégel politique et un bilan opérationnel irréprochable pour le Max.
Les termes clés derrière les annonces
Plusieurs expressions du secteur utilisées pour ces contrats méritent d’être précisées :
- Prix catalogue : valeur officielle affichée pour un avion. Le prix de vente réel est généralement bien inférieur grâce aux remises négociées, surtout pour les grosses commandes.
- Location : plutôt que d’acheter un avion, une compagnie verse régulièrement un loyer à un bailleur pour l’utiliser, ce qui préserve sa trésorerie et la souplesse de son bilan.
- Carnet de commandes : nombre total d’avions commandés mais pas encore livrés. Un carnet plus fourni donne de la visibilité, tout en accentuant la pression sur les capacités de production.
Ces notions permettent de relativiser les chiffres bruts. Un contrat de 9,5 milliards de dollars sur le papier ne signifie pas qu’une telle somme change de mains en une seule fois, ni même que le prix affiché est intégralement payé. Les versements s’étalent sur plusieurs années et sont liés aux étapes de fabrication et aux dates de livraison.
Scénarios pour la prochaine décennie dans le ciel asiatique
Si Airbus maintient ce rythme en Chine et en Asie du Sud-Est, les flottes court-courriers de la région pourraient être majoritairement composées d’appareils de la famille A320neo dès le début des années 2030. Le constructeur disposerait alors d’une solide base d’avions en service, incitant davantage les compagnies à choisir de nouveau Airbus pour la formation, les pièces détachées et les futures modernisations.
Un autre scénario se dessine si Boeing règle rapidement ses problèmes industriels et si les tensions politiques s’apaisent. Les autorités chinoises pourraient alors autoriser une série de nouvelles commandes de 737 Max, conduisant à une répartition plus équilibrée entre les deux constructeurs. Même dans ce cas, les récents contrats d’Airbus garantissent que Boeing devra encore combler son retard pendant plusieurs années dans la course aux monocouloirs.
Pour l’heure, le message venu de Pékin, Shanghai et Guangzhou est clair : alors que les compagnies chinoises planifient les avions qui transporteront des centaines de millions de passagers au cours des deux prochaines décennies, Airbus a pris l’initiative et n’est pas pressé de la céder.






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