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Ilovik-Parzine 1 : la poix révèle l’origine et les réparations du navire romain

Plongeur explorant une épave sous-marine avec équipement de plongée et tablette étanche posée sur le sable.
Dans cet article
  1. Découverte de l’Ilovik-Parzine 1
  2. Protéger les navires en bois
  3. Des empreintes chimiques mises au jour
  4. Le pollen révèle les origines du navire
  5. Cartographier les paysages antiques
  6. Les réparations de l’Ilovik-Parzine 1
  7. Le voyage caché d’un navire
  8. Les enseignements de l’Ilovik-Parzine 1

La mer conserve bien ses secrets, mais les traces les plus infimes sont parfois les plus éloquentes. Pour étudier les épaves antiques, les archéologues s’intéressent souvent aux cargaisons, au bois ou aux outils. Une étude récente montre pourtant qu’un élément bien moins spectaculaire peut raconter une histoire plus profonde.

Une couche noire et collante appliquée sur le navire romain Ilovik-Parzine 1 révèle où il a été construit, où il a navigué et comment il a été réparé au fil du temps.

Publiée dans la revue Frontières des matériaux, cette recherche met en lumière une matière autrefois considérée comme ordinaire. Destiné à protéger le bois de l’eau de mer, ce revêtement sombre fait aujourd’hui office de capsule temporelle.

Découverte de l’Ilovik-Parzine 1

Il y a plus de 2 100 ans, l’Ilovik-Parzine 1 naviguait en mer Adriatique. Sa coque était enduite de poix, un goudron obtenu en chauffant du bois.

Les marins l’utilisaient pour empêcher l’eau de pénétrer et préserver leur bateau. À l’époque, il s’agissait simplement d’une solution pratique.

Les scientifiques y voient désormais un indice. Le revêtement renferme des traces chimiques ainsi que de minuscules grains de pollen, piégés au moment de l’application de la poix.

« En archéologie, on accorde peu d’attention aux matériaux organiques d’étanchéité. Ils sont pourtant indispensables à la navigation en mer ou sur les cours d’eau et constituent de véritables témoins des techniques navales du passé », explique la Dre Armelle Charrié.

L’Ilovik-Parzine 1 repose aujourd’hui à faible profondeur, près de l’île d’Ilovik, où des plongeurs l’ont découvert en 2016.

Les fouilles ont mis au jour un navire datant d’environ 170 av. J.-C. Il transportait des amphores, des pierres et des structures en bois assemblées selon des techniques méditerranéennes classiques.

Les chercheurs ont prélevé des échantillons du revêtement noir à différents endroits du bateau, puis en ont étudié la composition chimique et les traces biologiques.

Protéger les navires en bois

Les bateaux en bois sont exposés à de nombreuses menaces : l’eau salée provoque leur pourrissement et les organismes marins abîment leur coque. Sans protection, ils ne résisteraient pas longtemps.

Les constructeurs antiques utilisaient les matériaux disponibles à proximité. En Méditerranée, la poix issue de conifères était courante. Dans d’autres régions, on employait des substances différentes, comme le bitume ou les résines végétales.

Ces revêtements témoignent des ressources locales et servent de marqueurs géographiques et culturels.

Des empreintes chimiques mises au jour

L’équipe a d’abord examiné la structure chimique du revêtement de l’Ilovik-Parzine 1. La plupart des échantillons présentaient des signes nets de poix de pin. Certaines molécules ont confirmé que cette matière provenait de bois de conifère chauffé.

Un échantillon se distinguait des autres : il contenait un mélange de poix et de cire d’abeille. Cette association produisait un revêtement plus résistant et plus souple. Des textes antiques décrivent un mélange similaire, appelé zopissa.

Cette découverte rattache le navire à des pratiques de construction navale connues dans certaines parties du sud de l’Italie.

Le pollen révèle les origines du navire

La découverte la plus surprenante provient du pollen. Lorsqu’elle est fraîche, la poix est collante : le pollen des plantes voisines peut s’y déposer et y rester piégé.

À l’aide de traitements chimiques, les chercheurs ont extrait des grains de pollen de l’Ilovik-Parzine 1. Chaque échantillon contenait environ 150 grains provenant de nombreux types de plantes.

« En étudiant les revêtements, nous en avons trouvé deux types différents sur ce navire : l’un constitué de goudron de pin, également appelé poix, et l’autre d’un mélange de goudron de pin et de cire d’abeille », précise Charrié.

« L’analyse du pollen présent dans le revêtement a permis d’identifier les taxons végétaux présents dans l’environnement immédiat lors de la construction ou des réparations du navire. »

Cartographier les paysages antiques

Le pollen a fait apparaître des tendances nettes. De nombreux échantillons contenaient des plantes associées à des paysages agricoles, dont des espèces communes dans le sud de l’Italie.

Ces résultats concordent avec de précédentes observations sur les pierres de lest du navire, qui désignent Brindisi. Pris ensemble, ces indices indiquent que le bateau a été construit dans cette région.

Les réparations de l’Ilovik-Parzine 1

Tous les échantillons ne correspondaient toutefois pas au même environnement. Certains renfermaient du pollen d’espèces forestières présentes sur la côte orientale de l’Adriatique. D’autres portaient la trace de régions riches en genévriers.

Cette diversité laisse penser que le navire a été réparé en plusieurs lieux. Chaque intervention ajoutait une nouvelle couche de revêtement, accompagnée de pollen local.

« S’il semble évident que les navires parcourant de longues distances ont besoin de réparations, il n’est tout simplement pas facile de le démontrer », souligne Charrié.

« Le pollen a été très utile pour distinguer différents revêtements dont les profils moléculaires étaient identiques. »

Le voyage caché d’un navire

La coque raconte l’histoire des déplacements du bateau : construit dans une région, il a ensuite été réparé dans d’autres. Chaque couche de poix a saisi un moment précis.

L’ensemble forme une sorte de registre. Le navire conserve des indices sur les lieux qu’il a visités et sur les milieux qui les entouraient.

L’étude montre l’intérêt d’associer plusieurs techniques : l’analyse chimique identifie les matériaux, l’analyse du pollen révèle les environnements et les méthodes statistiques relient les données.

Ensemble, elles offrent une image plus complète du passé.

« Seules des études comme la nôtre donnent une vue d’ensemble de ces traditions, qui témoignent d’un véritable savoir-faire et de pratiques diverses », affirme Charrié.

Les enseignements de l’Ilovik-Parzine 1

Le plus frappant dans cette recherche est l’attention portée à une matière si ordinaire. Le revêtement n’avait pas vocation à servir de preuve durable, mais il a conservé des détails pendant plus de deux mille ans.

Les chercheurs peuvent désormais appliquer cette méthode à d’autres épaves. Chaque couche de poix pourrait receler des indices sur le commerce, les voyages et les savoir-faire artisanaux de l’Antiquité.

Les plus petits détails portent parfois les plus grandes histoires.

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Camille Lefèvre

Camille Lefèvre est consultante spécialisée dans la location de matériel de gestion de l’eau, notamment les fontaines à eau, distributeurs et solutions d’hydratation pour les entreprises. Elle s’intéresse aux enjeux de qualité de l’eau, de maintenance des équipements et de consommation responsable, afin d’accompagner les organisations dans le choix d’une offre Eauzone Location adaptée.

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