En 1995, une épave a été découverte sous les eaux de la baie de Salcombe, au large de la côte sud de l’Angleterre. Sa cargaison comprenait plus de 400 pièces d’or.
Cette découverte extraordinaire a lancé une enquête de 30 ans pour identifier le navire. Elle vient de prendre fin.
L’identité du Dom van Keulen retrouvée
C’est à l’historien indépendant Ian Friel que revient le mérite d’avoir résolu l’énigme. Il a retrouvé des documents historiques mentionnant un navire marchand néerlandais, le Dom van Keulen, qui avait fait naufrage au large de l’Angleterre en 1633, alors qu’il se rendait du Maroc à Amsterdam, aux Pays-Bas.
Tous les éléments concordaient : la date, le lieu, le trésor de pièces d’or d’origine marocaine et la provenance néerlandaise de nombreux autres objets remontés du site.
Cette découverte et les travaux qui l’ont rendue possible sont désormais relatés dans un nouvel ouvrage de chercheurs du British Museum, de l’université de Bournemouth et du groupe britannique d’archéologie maritime du Sud-Ouest.
« La découverte d’or africain sous la mer, au large des côtes du Devon, a été extraordinaire et a soulevé de nombreuses questions sur la façon dont il était arrivé là », explique Jeremy Hill, responsable de la recherche au British Museum.
« Il a fallu une équipe d’experts travaillant ensemble pour répondre à ces questions. »
Une cargaison qui a permis de dater le naufrage
Il ne subsiste que très peu de vestiges du navire lui-même, ce qui rendait difficile l’identification de son nom et de son itinéraire.
Pour avancer, les chercheurs ne disposaient guère que de sa cargaison : des pièces d’or, mais aussi des bijoux, des poteries, des peaux de chèvre et un sceau de marchand.
Fait remarquable, des pilules de résine ont également été récupérées dans l’épave. Conservées dans une jarre en terre cuite rouge, elles avaient traversé les siècles.
Elles faisaient très probablement partie des fournitures médicales du navire, même si l’on ignore quels maux elles étaient destinées à traiter.
Les pièces ont au moins fourni un point de départ aux archéologues. Elles portaient l’année de leur frappe, et la plus récente qu’il a été possible de dater avait été frappée en 1632. Le naufrage ne pouvait donc pas être antérieur à cette date.
« Cette pièce joue un rôle essentiel pour établir la date du naufrage du navire et permet d’associer avec certitude le trésor au Dom van Keulen », écrivent les chercheurs dans leur ouvrage consacré à l’épave.
Après 30 ans de recherches, Ian Friel a fait sa découverte à la bibliothèque des Archives nationales britanniques, à Kew. Des documents de la Haute Cour d’amirauté anglaise y faisaient état d’une réclamation concernant l’épave, déposée en 1633 par les marchands amstellodamois João de Pas et Andrea de Azevedo.
D’après ces marchands et deux membres de l’équipage du Dom van Keulen appelés à témoigner, le navire avait essuyé un « temps très tempétueux » près des côtes anglaises. Les personnes à bord avaient été contraintes d’abandonner le bateau et d’y laisser sa précieuse cargaison.
« On peut désormais raconter comment un navire néerlandais transportant de l’or nord-africain a fait naufrage au large des côtes anglaises, ce qui fait de cette découverte une trouvaille d’importance internationale », affirme Jeremy Hill.
« Cela nous rappelle tout ce qu’il reste encore à découvrir sous nos mers. »
Le trésor et le commerce maritime du XVIIe siècle
Bien que l’épave ait maintenant été identifiée, on sait très peu de choses sur le Dom van Keulen et il n’existe aucune peinture ni aucun dessin du navire.
Son identification reste néanmoins extrêmement utile aux chercheurs. Elle permet de mieux comprendre les liens commerciaux entre les Pays-Bas et le Maroc au XVIIe siècle, les usages et les techniques de l’époque, ainsi que l’influence de la dynastie saadienne, qui régnait alors sur le Maroc et a fait frapper ces pièces.
Le trésor constitue aujourd’hui la plus grande collection connue de pièces d’or saadiennes.
« Il apporte un contexte important pour comprendre la richesse et l’architecture des chérifs saadiens, le commerce de l’or africain, ainsi qu’une preuve tangible du commerce maritime florissant qui reliait le Maroc, les Pays-Bas et la Grande-Bretagne au XVIIe siècle », explique Dave Parham, archéologue maritime à l’université de Bournemouth.
Pour en savoir plus sur l’épave, l’ouvrage Du Maroc à la côte anglaise : l’histoire du Dom van Keulen et de sa remarquable cargaison peut être consulté en ligne sur le site du British Museum.
Les faits présentés dans cet article ont été vérifiés par Rachel Garner, et le texte a été révisé par Rebecca Dyer. Nous sommes fiers de notre méthode de travail, mais nous restons humains. Si vous repérez une erreur, merci de nous la signaler.






Commentaires
Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier!
Laisser un commentaire